6 mythes du QI

Philippe Gouillou - 31 juillet 2016 - Mise à jour : 2 septembre 2016 - http://www.douance.org/qi/mythes-qi.html
Un article rapide à lire pour corriger 6 mythes que l'on trouve encore régulièrement dans la presse et sur les forums.

Remarque : cet article sera amélioré et complété progressivement (voir en bas de page l'historique des modifications depuis la première mise en ligne le 31 juillet 2016).

Sommaire

  1. Le QI ne mesure que l'intelligence logique...
  2. Le QI ne mesure pas ce qu'on appelle généralement intelligence
  3. Le QI dépend de l'éducation
  4. Le QI n'a pas d'intérêt / d'importance / de pertinence ...
  5. Les hauts QI fonctionnent comme les autres, juste plus rapidement
  6. L'effet Flynn montre que l'intelligence a augmenté partout dans le monde

La "courbe en cloche"

1. Le QI ne mesure que l'intelligence logique...

... alors que bien sûr il en existerait plein d'autres...

Ce mythe est le plus fréquent, on le lit encore partout, alors qu'il montre une totale incompréhension de ce qu'est le QI !

Le QI cherche à mesurer l'Intelligence Générale (le Facteur g) qui correspond au facteur commun à toutes les formes d'intelligence. Quand une personne réalise une tâche cognitive, elle mobilise son intelligence générale et des capacités spécifiques à cette tâche. Comme l'intelligence générale est fortement déterminante, une personne ayant un bon résultat à un test cognitif aura une forte probabilité d'être bonne aussi à d'autres tests : il y a une forte corrélation (0,70) entre les résultats.

On peut comparer avec la force physique : les forces du bras droit et du bras gauche dépendent bien sûr de facteurs spécifiques (être droitier ou gaucher, entraînement, blessure, ...) mais aussi de facteurs généraux (âge, sexe, ...) : on peut dire qu'une personne est globalement plus forte qu'une autre, et ne mesurer la force que d'un seul bras permettra d'approximer sa force générale.

Charles Spearman, découvreur du Facteur g en 1904, avait remarqué cette "indépendance de la mesure" : comme toutes les tâches cognitives sont saturées en g, on peut utiliser n'importe laquelle d'entre elles pour le détecter.

A noter d'ailleurs que beaucoup de vrais tests de QI ne sont pas des tests de logique, contrairement aux faux tests que l'on trouve sur Internet.

2. Le QI ne mesure pas ce qu'on appelle généralement intelligence

Si la définition qu'a chacun d'entre nous de l'intelligence peut varier, les études (ex: Murphy et al., 2000) ont montré que les personnes que nous jugeons plus intelligentes montrent bien de plus hauts résultats aux tests de QI. L'Intelligence Générale (le Facteur g) mesurée par les tests de QI correspond donc bien à ce qu'on entend généralement par intelligence.

Il y a cependant une limite : les humains sont mauvais à détecter l'intelligence à plus de 30 points d'écarts, et l'intelligence perçue plafonne à 140 chez les hommes, et moins de 120 chez les femmes (Kleisner et al., 2014), c’est-à-dire que les Très Haut QI (THQI) ne seront souvent pas perçus en tant que tels :

3. Le QI dépend de l'éducation

L'intelligence générale, mesurée par le QI, correspond à une caractéristique biologique, liée à la manière dont l'intelligence se construit (on retrouve d'ailleurs un facteur g dans d'autres espèces animales1). Les influences non biologiques sur cette caractéristique biologique apparaissent pour le moins faibles.

La manière de mesurer l'intelligence générale (par analyse factorielle à partir de ses manifestations) laisse cependant de la place à des influences non biologiques, mais la question se pose au niveau de la fiabilité du test, pas de ce qu'il est censé mesurer (et malgré cette limite le QI apparaît être majoritairement d'origine prénatale, surtout génétique).

Rem : bien sûr ce que l'on fait avec son QI dépendra grandement de son environnement, donc aussi de son éducation (mais celle-ci est aidée par un haut QI...).

4. Le QI n'a pas d'intérêt / d'importance / de pertinence...

Si notre vie n'est (heureusement) pas déterminée par notre QI, il reste le critère psychologique le plus important, qui détermine notamment ce qu'un individu sera capable de réaliser cognitivement (un QI moyen ne sera jamais un grand mathématicien).

Bien sûr l'importance du QI est plus forte chez ... les bas QI. On constate en effet une plus grande variation, en termes de personnalité, de goût, de réussite, etc., chez les haut QI, qui ont la possibilité de réaliser plus de choses, et donc de s'épanouir dans des domaines différents, que chez les bas QI, plus limités, qui se ressembleront donc plus.

5. Les hauts QI fonctionnent comme les autres, juste plus rapidement

Un plus haut QI n'entraîne pas seulement un changement quantitatif (plus grande rapidité de réflexion, plus grande profondeur d'analyse, etc.) mais aussi et surtout un changement qualitatif : les haut QI ne raisonnent pas comme les autres, ils montrent un fonctionnement cognitif différent (avec notamment un développement de la pensée abstraite).

Il a été trouvé qu'un écart de 30 points2 suffit à empêcher la compréhension, et qu'un écart de 20 points suffit à mettre en péril le leadership (ex : dans une entreprise où le QI moyen est de 105, le manager ne pourra dépasser 125 et son conseiller 155...)3.

Il s'agit bien d'une impossibilité de comprendre une personne ayant un QI trop supérieur au sien : savoir qu'il existe des différences ne suffit pas à faire sauter cette barrière.

A noter qu'un saut qualitatif particulier entre 145 et 150 augmente la distance entre les THQI (Très Haut QI) et les autres, et donc réduit la taille des écarts cités ci-dessus...

6. L'effet Flynn montre que l'intelligence a augmenté partout dans le monde

Au contraire : réel ou non, le Flynn effect semble avoir caché une chute de l'intelligence en Occident.

Découvert par Runquist dès 1936, et confirmé dans les années qui ont suivies, l'augmentation séculaire du QI est maintenant nommée "Flynn Effect", du nom de Richard Flynn qui l'a étudiée dans les années 1980s.

Cette augmentation séculaire, constatée surtout sur les bas QI et sur les tests moins saturés en Facteur g, s'est traduite par la nécessité de réétalonner les tests régulièrement (ie: conversion des résultats bruts en QI par rapport à la moyenne de la population) : les éditeurs de tests étaient contraints d'augmenter les exigences en note brute, le QI semblant monter (de 2,31 à 2,93 points par décade ; Trahan & Stuebing, 2014 ; jusqu'à 3,9 points par décade chez les préscolaires de 4 à 6 ans ; Lynn, 2009) . L'"Effet Flynn" s'est poursuivi sur toute la deuxième moitié du XX° siècle, mais s'est depuis arrêté (dès les années 1990s en Norvège : Sundet et al., 2004), et même inversé dans de nombreux pays (en France : chute de 3,8 points entre 1998 et 2008-9 ; Dutton & Lynn, 2015, Woodley & Dunkel, 2015).

Deux théories s'affrontent pour l'expliquer : soit les tests en eux-mêmes ont régulièrement perdu de leur efficacité (notamment par habituation au type de questions posées, l'effet se remarquant plus sur certains tests), soit il y a bien eu réelle augmentation des capacités cognitives. En faveur de cette dernière, Richard Lynn (2009) remarque que l'augmentation de 3,9 points par décade de QI chez les préscolaires suit l'augmentation de 3,7 points par décade de Quotient de Développement. Il en déduit que le Flynn Effect correspond bien à un phénomène réel et l'explique par la meilleure santé des enfants (moins de malnutrition). On peut remarquer que les deux théories ne s'excluent pas complètement (ce peut être un peu des deux).

D'autres études montrent cependant que cet Effet Flynn, qu'il corresponde ou non à une augmentation réelle de l'intelligence, a caché une baisse régulière du QI tout au long du siècle. Woodley et al., 2013 ont ainsi, à partir de l'étude de temps de réaction, trouvé une baisse du QI à un rythme de 14 points par siècle depuis le XIX° siècle.

Sur une échelle de temps anthropologique, Hawks et al. (2011) avaient trouvé une baisse de 10% de la capacité cranienne au cours des 50 000 dernières années, qui laisse supposer une baisse de l'intelligence probablement due au phénomène d'auto-apprivoisement de l'espèce humaine4. Il apparaît donc de plus qu'à une échelle historique l'intelligence est en chute depuis 150 ans.

Références

Dutton, E., & Lynn, R. (2015). A negative Flynn Effect in France, 1999 to 2008–9. Intelligence, 51, 67–70. doi:10.1016/j.intell.2015.05.005

Hawks, J. (2011). Selection for smaller brains in Holocene human evolution. Arxiv preprint arXiv:1102.5604, 1–20.

Hollingworth, L. S. (1942, Reprint 1975). Children Above 180 IQ (Stanford-Binet): Origin and Development. Arno Press.

Kleisner, K., Chvátalová, V., & Flegr, J. (2014). Perceived Intelligence Is Associated with Measured Intelligence in Men but Not Women. PLoS ONE, 9(3), e81237. doi:10.1371/journal.pone.0081237

Lynn, R. (2009). What has caused the Flynn effect? Secular increases in the Development Quotients of infants. Intelligence, 37(1), 16–24. doi:10.1016/j.intell.2008.07.008

Lynn, R. (2013). Who discovered the Flynn effect? A review of early studies of the secular increase of intelligence. Intelligence, 41(6), 765–769. doi:10.1016/j.intell.2013.03.008

Murphy, N. A., Hall, J. A., & Colvin, R. C. (2000, June). Judging a book by its cover: Accuracy in intelligence judgments. Poster session presented at the annual American Psychological Society Conference, Miami, FL.

Runquist, E. A. (1936). Intelligence test scores and school marks in 1928 and 1933. School & Society, 43, 301–304

Sundet, J., Barlaug, D., & Torjussen, T. (2004). The end of the Flynn effect?:: A study of secular trends in mean intelligence test scores of Norwegian conscripts during half a century. Intelligence, 349–362. doi:10.1016/j.intell.2004.06.004

Trahan, L., & Stuebing, K. (2014). The Flynn Effect : A Meta-Analysis. Psychological Bulletin. doi:10.1037/a0037173

Woodley, M. A., te Nijenhuis, J., & Murphy, R. (2013). Were the Victorians cleverer than us? The decline in general intelligence estimated from a meta-analysis of the slowing of simple reaction time. Intelligence. doi:10.1016/j.intell.2013.04.006

Woodley, M. A., & Dunkel, C. S. (2015). In France, are secular IQ losses biologically caused? A comment on Dutton and Lynn (2015). Intelligence, 53, 81–85. doi:10.1016/j.intell.2015.08.009

Historique des versions

Date Description
2 sep 16 MàJ note vers Répartitions théoriques du QI en fonction du QI moyen de la population
17 août 16 Ajout note vers Répartitions théoriques du QI à plus ou moins un ou deux écart-types
15 Aout 16 Corrections de style et d'orthographe, ajout lien vers Les Outsiders
3 Aout 16 Ajout image force du bras dans Mythe 1 ; Ajout liens au sommaire
1 Aout 16 Ajout courbe QI ; Complément au Flynn Effect ; Compléments aux références ; Corrections de style
31 Juil 16 1ère mise en ligne

Notes


  1. Voir sur Douance : Le QI des chiens 

  2. Le calcul théorique du pourcentage de la population à plus ou moins 30 points de QI est présenté sous forme de tableau à : Répartitions théoriques du QI en fonction du QI moyen de la population 

  3. Voir sur Douance Vie professionnelle : l'exclusion des Hauts QI et Les Outsiders (Grady M. Towers) qui se réfèrent à Hollingworth (1942) 

  4. Voir la Lettre Neuromonaco 79: Auto-domestication humaine et Pacification